Le Miroir Ouvert

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jeudi 8 janvier 2009

Spectacle : Hamlet

Hamlet est l'une des plus célèbres pièces de William Shakespeare. Elle a été, probablement, représentée pour la première fois entre 1598 et 1601. Le texte fut publié dès 1603. Dans cette œuvre, la mère d’Hamlet a épousé son beau frère (Anatole Koama) peu après la mort de son mari, le roi de Danemark (Jean-Marc Stehlé). Ce dernier, revenu d'entre les morts, vient apprendre à son fils qu'il a été empoisonné par son frère. Hamlet (François Chattot) doit donc venger son père et, pour parvenir à ses fins, simule la folie.
Le metteur en scène, Matthias Langhoff, prend plaisir à dérouter les spectateurs : les comédiens n’ont ni l’âge, ni le sexe qui convient au rôle. La mère d’Hamlet, par exemple, est bien plus jeune que lui. De plus, Horatio est interprété par une femme puisque Langhoff a confié ce rôle à Agnès Dewitte…
Des tables, au devant de la scène, dessinent un chemin chaotique. À jardin est située une estrade de cabaret ornée d'une coquille Saint-Jacques dans laquelle a pris place des musiciens, dont un pianiste. Quand l'estrade pivote, elle devient un petit théâtre. C'est là que la troupe des comédiens arrivant à Elseneur va prendre place mais, chez Matthias Langoff, elle arrive plus tôt que dans la pièce. Au centre du plateau, derrière les tables, est située une scène de cabaret théâtre avec ses toiles peintes, ses rideaux, et sa scène tournante. Dissimulée derrière un panneau qui peut s'ouvrir, une troisième scène est placée entre les deux. Au commencement du spectacle le panneau affiche une publicité pour le fromage danois.  Enfin, des spectateurs sont installés sur la scène, au beau milieu des comédiens.
La pièce vient à peine de commencer qu’une bande son obsédante répète en boucle le nom de Hamlet et des ses comparses en anglais. Chaque moment clef de la pièce est rythmé par une chanson : plusieurs d’entres elles sont chantées par Gertrude ou par Hamlet, mais toute la troupe y va de bon cœur.
Lors de la célèbre tirade  « être ou ne pas être », une loupiote s'allume dans les gradins, et François Chattot chuchote alors la tirade au public, intime, proche, une belle tranche de théâtre de proximité. De plus, lors des entractes musicaux, des comédiens distribuent aux spectateurs quelques friandises. Cette mise en scène donne donc à la pièce une dimension épique.
Le spectacle, pour le moins surprenant, est constamment à cheval entre le cabaret et la a tragédie. La mise en scène et le dispositif scénique sont originaux, la fable intéressante,... Quelques bémols tout de même : la scène était, selon moi, trop surchargée et les entractes musicaux trop nombreux.

Matthias Langhoff est né en 1941 à  Zurich. Il a mis en scène Le Commerce du pain (Brecht), La Bataille (Heiner Müller), La Mission (Heiner Müller), Au Perroquet vert (Schnitzler), La Duchesse de Malfi (Webster), Les Trois Sœurs (Anton Tchékhov), L’Île du salut (d’après Kafka) et Quartett (Heiner Müller).

vendredi 24 octobre 2008

Spectacle : Le plus malin s'y laisse prendre

Une fresque en deux parties d'après Alexandre Ostrovski
mise en scène Cécile Auxire-Marmouget

Alexandre Ostrovski (1823-1886) a donné à la scène russe le répertoire qui lui manquait : il a écrit quarante sept oeuvres et ne s'est voué qu'au théâtre. Sa première pièce parue en 1847 puis il a publié des comédies de moeurs, des drames et des chroniques historiques. Selon Cécile Auxire-Marmouget, "l'oeuvre d'Ostrovski (...) concentre en un demi-siècle les mutations de notre société sur plusieurs siècle".  De plus, de nos jours encore, le théâtre d'Alexandre Ostrovski est peu connu en France. C'est pour ces raisons que cette artiste a choisit de mettre en scène On n'évite ni le péché ni le malheur et Le plus malin s'y laisse prendre.

On n'évite ni le péché ni le malheur et Le plus malin s'y laisse prendre ont pour unique point commun leur thème : tous deux parlent de l'argent.

  • On n'évite ni le péché ni le malheur (1862).

Dans ce drame populaire et familial, Babaev, un jeune aristocrate, se laisse prendre dans les filets d’une passion ancienne. Il aime Tatiana. Cette jeune fille n’a, pour échapper à la misère, pas eu d’autre choix que d’épouser un marchand de légumes : Krasnov. Ce dernier est un homme simple, sensible et passionnément attaché à sa femme. Il ne désire qu'une seule chose : que sa femme l'aime. Tatiana sera tentée, pour vivre sa passion avec Babaev, de quitter le foyer conjugal. A la fin de la pièce, Krasnov apprendra donc que Tatiana le trompe, la tuera puis sera livré à la justice.

Alexandre Ostrovski est né à Moscou, dans le quartier des riches marchands. Il aime les ridiculiser car, selon lui, ils ont des manières frustes et grossières. C'est pour ces raisons que ce drame met en scène des personnages issus du monde des marchands.

Le dispositif scénique frontal, représenté ci-dessus, évoluera tout au long de la pièce pour représenter divers lieux : l'appartement de Krasnov, un parc,... A l'extrême jardin, quatre chaises et quatre pupitres permettent à trois violonistes et à un violoncelliste de jouer des extraits de l'oeuvre de Dimitri Chostakovitch.

  • Le plus malin s'y laisse prendre (1868).

Dans cette comédie, Alexandre Ostrovski parle des milieux figés de l’administration russe, où couardise et langue de bois rythment les jours. Un jeune homme pauvre et dévoré par les ambitions, Gloumov, espère accéder à la fortune grâce à un mariage avantageux et à des relations utiles. Pour cela, il tente de séduire une fille à la dot prometteuse. Prêt à tout, Gloumov n’hésite pas à tromper et à corrompre des fonctionnaires.  Seulement voilà : son journal intime sera un jour dérobé et il sera alors démasqué puis chassé.

Ostrovski décrit donc, dans cette oeuvre, les milieux du haut fonctionnariat russe.

A l'extrême jardin, un piano à queue, deux chaises et deux pupitres permettent à deux violonistes et à un pianiste de jouer des extraits de l'oeuvre de Dimitri Chostakovitch.

vendredi 10 octobre 2008

Spectacle : La Maison

La Maison est un texte extrait de La vie matérielle, une œuvre écrite par Marguerite Duras en 1987. Cet auteur est un écrivain féministe : « Vous dites idéalisation, que j’idéaliserais la femme ? C’est possible. Qui le dit ? Ça ne lui fait pas de mal à la femme, qu’on l’idéalise ». Ainsi, dans cette pièce, Marguerite Duras parle de toutes les femmes en une seule (Cécile Gérard).

Étant donné que cette oeuvre est surprenante, drôle, provocante, la réaction du public est parfois très inattendue : " Une fois je me suis fait injurier par un homme à qui j'ai dû rappeler que ce n'était qu'un spectacle. D'autres soirs, les gens me répondent quand je les regarde. J'aime jouer avec la salle " (Cécile Gérard).

Le dispositif scénique est bifrontal et seulement soixante-quinze personnes peuvent assister à la représentation. Comme le montre le schéma ci-dessus, le personnage interprété par Cécile Gérard déambule sur un petit espace simple pour y évoquer les tâches réelles et concrètes de la femme. La scène est éclairée par six lampadaires démodés ainsi que par des projecteurs sur lesquels il y a parfois des gélatines bleues. Quatre des abats jours des lampadaires sont rouges, l’un est blanc. Les coussins sur lesquelles sont assis les spectateurs sont généralement rouges. Or,  cette couleur est chaude et donc conviviale. De plus, selon Céline Backès, le metteur en scène, « pendant que la femme parle, il y a une soupe de légume qui se prépare, tout près et crée l’atmosphère dans laquelle elle doit parler. (…) Les deux choses, le texte et la soupe, se conjuguent pour créer une atmosphère odorante et conviviale ». Ainsi, le théâtre devient une maison commune.

Je me suis entretenu avec Céline Gérard, la comédienne, à la fin de la représentation, et cette pièce a déjà été jouée en appartement, au Théâtre Paris-Villette puis à l’étranger avant d’être reprise au festival d’Avignon 2007.

Un texte drôle, une mise en scène réussie, une ambiance chaleureuse, un dispositif scénique intéressant,… Tous les ingrédients sont là pour que le spectacle se termine sous les applaudissements des spectateurs. A la fin de la représentation, selon Jacques Leleu, l'actrice " voit les hommes gênés et des femmes complices. Il y a des couples qui se hâtent de sortir en silence. D'autres veulent prolonger ces instants précieux où le théâtre nous aide à regarder ce que nous sommes ".