Ce post n'a aucun rapport avec mes cours de théâtre. Il s'agit là d'un travail que j'ai réalisé à partir d'un sujet d'invention sur le théâtre, l'année dernière, et que j'aime beaucoup. J'aimerai donc vous le faire partager.

 

Une mise en scène très contemporaine...

Lundi seize mars, le groupe de recherche et de création théâtrale « Acte Libre » a présenté, devant un public ayant répondu en nombre, une pièce écrite en mille huit cent quatre-vingt-seize par Alfred Jarry : Ubu Roi. La mise en scène a été réalisé par X, l’un des plus grands artistes du vingt-et-unième siècle. Étant donné que j’ai eu la chance d’assister à cette représentation, je souhaite, à vous, lecteurs, vous faire part de mes impressions sur cette mise en scène et sur ce texte.

La mise en scène de X est très déstabilisante mais elle sort de l’ordinaire est et très réussie.
Comme le montre la scène d’exposition, il est fort difficile de dater l’action de cette pièce puisqu’il n’y a aucune indication temporelle précise. C’est pour cela que X a eu assez tôt la bonne, la fabuleuse, la merveilleuse idée d’entraîner le spectateur dans une confusion encore plus grande en ne définissant, dans sa mise en scène, aucune époque. En effet, on peut voir, tout au long de la pièce, trois projecteurs placés sur scène, sur le proscenium, à jardin. Ils forment un contraste flagrant avec « les coupe-choux » et les costumes à l’ancienne – par ailleurs très jolis – que portent les personnages. De plus, on retrouve au clou, à l’extrême cour, quelques enceintes. La musique, mise en valeur par un effet de stéréophonie, est d’ailleurs par moments classique et par d’autres très contemporaine.
Ensuite, le metteur en scène a choisi de respecter certaines traditions théâtrales qui ont aujourd’hui disparues depuis longtemps. Par exemple, au dix-septième siècle, les femmes n’avaient pas le privilège de pouvoir jouer et c’est pour cela que X a confié le rôle de Mère Ubu à un homme, créant ainsi une situation comique en plus dans une pièce déjà burlesque. Chose curieuse puisqu’il n’a pas hésité à confier le rôle des paysans, des gardes, de l’équipage, etc., à des femmes.

Quoi qu’on en dise, je pense que ce sont ces détails là qui font d’une mise en scène banale une mise en scène comme on n’en a jamais vu. J’aimerai maintenant attirer votre attention sur quelque chose de tout aussi réussi que la mise en scène : le texte.
Dans cette oeuvre, qui fut écrite par l’un des plus grands auteurs de théâtre des temps modernes, la situation oscille souvent entre comique et tragique. En effet, Jarry est parvenu à faire rire le spectateur alors que la fable se révèle appartenir au tragique. Par exemple, dans la scène deux de l’acte trois, Père Ubu va, « pour enrichir le royaume, faire périr tous les nobles et prendre leurs biens ». Pour cela, il va devoir faire preuve de cruauté et devra être implacable car il va s’occuper lui-même de la justice et massacrer tout le monde. Ce passage devrait donc être tragique mais les nombreux défauts de Père Ubu le fait pencher nettement vers le comique.
Enfin, Alfred Jarry ne s’est pas contenté d’écrire une pièce où l’humour est au rendez-vous. En effet, pour qu’elle fasse le bonheur de tous, les situations dans lesquelles se trouvent les personnages sont toujours inattendues, surprenantes, stabilisantes. Ainsi, le spectateur se demande tout au long de la pièce comment cela va se terminer. On retrouve ce type de situation à la scène un de l’acte cinq lorsque Mère Ubu profite de l’obscurité pour entourlouper son mari. Ce dernier croit en l’apparition d’un ange mais discute tous les ordres qu’il reçoit. Puis le jour se lève… La stupidité dont fait preuve Père Ubu le met toujours dans des situations délicates et le spectateur a hâte de voir comment il va s’en tirer.

De ma vie, je n’ai jamais vu une mise en scène aussi remarquable et pourtant je suis un grand amateur de théâtre ! Je vous recommande donc d’assister à l’une des représentations d’Ubu Roi, si vous le pouvez. Pour ma part, il ne me reste plus qu’à lire Ubu enchaîné (1899), Ubu cocu (1897), l’Amour absolu (1899) et le Surmâle (1901) car je suis tombé sous le charme de l’écriture de Jarry.